Martin Lord


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Démarche


Dans les dessins et les animations de Martin Lord, il est un personnage récurrent… Capuche,vêtements sobres et sombres,tête baissée; ainsi apparaît la figure de ce «héros» type. Bien que souvent dissimulée on voit de plus en plus le visage artificiel du personnage, un masque aux expressions réduites.

Du registre de l’aversion aux faciès atones et figés, les protagonistes des dessins paraissent étonnés de leur propre condition d’image.

Le décor, ou plutôt le repère géographique, puisqu’il en faut un, c’est le monde; celui de la classe moyenne, des «citées dortoirs» ou des petites villes anonymes de banlieues. Le pavillon, y est montré comme un symbole de possible accession à la propriété, une marque de réalisation. Ce type d’architecture, en plus d’être décor apparaît comme un prolongement du trait qui dessine les personnages réifiés.

La ligne claire et désincarnée se déplace de forme en forme pour venir sans délié ni relief dessiner chaque élément qui constitue les scènes. Ce traitement indistinct du corps et des objets qui l’entourent est significatif du dessin d’après guerre, (après Georg Grosz), il est aussi un symptôme de l’ère industrielle qui engendre la mécanisation des images.

Dans ces scènes mystérieuses, entre comique et mélancolie,les corps à l’anatomie faussée sont manipulables à volonté. Ils se battent, s’étreignent, s’effondrent, se relèvent et recommencent dans un mouvement perpétuel. Le corps à l’épreuve apparaît dans le mouvement de sa propre chute.

Le personnage est la chute même et l’aspect fruste de la ligne semble dénoter du caractère na•f de la violence. Chaque scène est inscrite dans un monde sans horizon et flotte dans l’espace indéterminé de la feuille.

Ces situations opaques sont de la pure apparence ou tout paraît se figer selon un principe de représentation grotesque. Les formes sortent cependant rarement du néant, elles naissent de la coordination d’un contexte, d’un lieu et d’un temps donné.

Les paysages ainsi formés sont souvent pénétrés de par de grands nuages de poussières stagnantes. Ils s’engluent et sont hantés des même matériaux organiques: de la chair et du sentiment qui a vidée la scène.

Ces images sont des utopies malheureuses, comme une parodie des conséquences du style de vie imposée par le capitalisme. Il y a dans le travail de Martin Lord, un entrelas d’histoires personnelles et collectives qui est d’une certaine façon un pamphlet drôle et pudique sur la direction que prends le monde.

«let’s just imitate the real world until we find a better one».

G.